Gribouiller ou ne pas gribouiller ?

Lors d’un atelier « apprendre à apprendre avec la créativité » que j’avais réalisé pour les Ateliers Badadou, dans le cadre de mon association Majiks Kids, j’avais rencontré un jeune garçon à l’intelligence visuelle exceptionnelle. Ce jeune homme avait une capacité à mettre des images sur les mots assez impressionnante. Malheureusement, lorsque nous avons abordé ensemble la possibilité d’utiliser cette intelligence pour illustrer ses leçons, il m’a répondu que sa maîtresse n’acceptait pas qu’il GriBouille

Parmi les gens avec lesquels je travaille, se trouve un jeune homme qui a arrêté l’école tôt, mais qui est un facilitateur graphique extraordinaire (entre autres). Régulièrement il intervient dans nos facilitations ou formations et illustre ce qui se passe dans la salle, ce que les gens disent et l’impact est toujours saisissant. Récemment on lui a demandé de faire une intervention pour l’université Paris Descartes auprès d’étudiants plus diplômés que lui.

Et pourtant, on continue d’utiliser ce terme dévalorisant de gribouillage. Que ce soit ce geste inconscient que vous faite en prenant le stylo et le papier lorsque vous êtes au téléphone, ou une démarche plus élaborée qui consiste à faire de petits dessins sur vos notes (de cours, de réunion…), vous avez sans nul doute « gribouillé » un jour ou l’autre.

Selon le Wiktionnaire, le gribouillage est « une écriture mal formée » ou encore « un mauvais dessin ».

Je me suis donc demandé pourquoi cette activité était à la fois si répandue et si dévalorisée, et si oui ou non elle pouvait avoir des vertues pédagogiques.

Sunni Brown, dans une présentation à TED redonne ses lettres de noblesses au gribouillage et donne quelques pistes sur le pourquoi d’une telle alalie : Gribouillage @ TED.

Sa définition du gribouillage est la suivante : « faire des croquis, dessins, traits… de manière spontanée qui aident à réfléchir. » Il a en effet été montré que les personnes qui gribouillent retiennent ce qu’elles écoutent. C’est un peu comme les petits mandalas que l’on peut dessiner pour s’aider à se recentrer, à se concentrer, ou certains mouvements de brain gym qui ont aussi ces vertues. Sauf qu’un gribouillage peut se faire un peu plus discrètement…

Elle explique enfin que le gribouillage, tout en étant bien plus accessible que le dessin, engage le participant (qu’il soit élève dans une classe, participant à une réunion…) dans plusieurs processus d’intégration des informations à la fois :

Intégration des informations par le visuel (le dessin), l’auditif (on écoute), le kinesthésique (la main dessine) et la lecture-écriture (on gribouille aussi des mots).

Un journal scientifique très sérieux, Applied Cognitive Psychology, a publié un article montrant que le gribouillage permet d’être dans le bon dosage d’attention (ni trop, ni trop peu). Dans son expérimentation, le professeur Jackie Andrade de l’université de Plymouth a a rapporté que les « gribouilleurs » arrivaient à mémoriser 29% d’informations en plus en moyenne que les non gribouilleurs…

Alors, qu’attendons-nous pour faire comme De Vinci ou Fermat, et autoriser à nos enfants (et à nous-même) ces gribouillis si précieux ?…

 

vinci, fermat